Les expos de la semaine : 18-24 février

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Woow, tu as lu ça ? Pour les cent ans de la disparition d’Egon Schiele, le Musée Léopold a prévu une grande rétro anniversaire (du coup on vient de checker le prix des billets pour Vienne). Ça s’accompagne d’une campagne de pub massive à Hambourg, Cologne et Londres présentant des nus (moribonds) de Schiele et… ils ont été censurés. Il y a des bandeaux blancs sur les parties génitales…

Donc deux choses : 1/ est-ce qu’on régresse horriblement dans la pudibonderie ? 2/une œuvre crée il y a un siècle peut donc encore indisposer le public aujourd’hui. Que dire ? Si ce n’est qu’on te présente en dix échantillons ce qui choquera peut-être le siècle prochain.
Ce qu’on te propose ici, ce n’est pas une expo du Routard, non, mais quelques 70 tirages argentiques d’Éric Guglielmi, photographe originaire des Ardennes à la pratique très silencieuse et axée autour de la marche et de l’observation patiente. Ainsi, Guglielmi exacerbe une réalité sociale et ce, en allant à contre-courant des impératifs du photo-journalisme (surtout “l’instant décisif”).
Miryam Haddad est une jeune artiste fraichement diplômée des Beaux-Arts et du coup… Congrats, déjà, puisqu’un premier solo show aussi tôt dans une carrière, ça n’est pas rien. Et ensuite, disons que si tu aimes l’expressionnisme à la Soutine, tu le retrouveras ici tordant le cou à certains codes classiques comme la peinture académique, le rococo et sa vie en plein air. C’est rusé, vif et tu sortiras d’ici avec l’envie d’en croquer plus.
Pour son premier solo show en institution à Paris, Dafflon propose une installation in situ jouant avec l’espace, dans l’esprit d’un Buren. Sa géométrie abstraite détient un pouvoir de vibration dingue, une rythmique folle. Elle percute la rétine et projette des ondes modifiant le physique de la pièce, dialoguant avec l’archi des lieux où elle est présentée. Oui, Dafflon c’est en quelque sorte de l’ambient en peinture et surtout un regard frais sur l’abstraction.
La galerie Paris-Beijing propose de se frotter aux boulots de neuf plasticiens stambouliotes composant autour des sentiments de “chez soi”, “chez nous” et (par extension) d’intimité. Vastes sujets hein ? La (stupéfiante) jeune garde turque les embrasse avec brio et les questionne dans ses aspects philosophiques et (d’autant plus) politiques par temps d’exils forcés (le pléonasme est volontaire) ou de surveillance généralisée.
Remarquée au dernier salon de Montrouge, Cat Fenwick poursuit ses jeux de constructions avec “L'unité Des Opposés”, pas du Lego mais des assemblages minimalistes inspirés d’architectures existantes ou fictives. Et cette “unité des opposés” est omniprésente ici. Elle flotte dans ce jeu constant avec le déséquilibre (“vont-elles s’écrouler ?”), ce dialogue entre matières organiques et indus, entre attraction et répulsion des mouvements et entre fragilité apparente de ses installations et robustesse des matériaux utilisés. Une illusionniste en puissance, le type !
En presque 40 ans de hip hop une question s’impose : comment le conserver (au sens muséal du terme) ? Quel lieu pour le transmettre ? C’est ce que questionne cette belle expo à vivre (très interactive et immersive) au Pavillon Carré Baudouin à coup de fonds d’archives inédits, de vidéos, enregistrements, ambiances sonores, photographies, maquettes… C’est super fourni, plutôt original dans la mise en scène, et ça réunit beaucoup d’acteurs de la scène. Chouette initiative.
Série articulée autour de la nature morte, “Ancora vita” voit Micky Clement prendre le terme au pied de la lettre et tente de réanimer le genre, pimper son pouls avec des choix chromatiques éclaboussants – dont ce rose criard presque pop – et des clins d’œil à la peinture classique italienne, de Fra Angelico au Caravagisme de Zurbaran. Autrement, tu peux aussi y voir un bad trip sous acid sur littoraux italiens ou californiens. Dans les deux cas, c’est ravissant.
"L'art a inspiré ma mode, aujourd'hui la mode inspire mon art". Une citation qui résume à elle seule la carrière de JCDC et ses décennies de décloisonnement (surtout côté classique : Manet et Louis Vuitton, Ingres et Gucci, Delacroix et Nike…). C’est ce qu’on retrouve dans “I Want” troisième et dernier épisode de sa série "The empire of collaboration" et dernière occasion de goûter à son amour du logo, sa passion pour l’épure tout en couleurs primaires et sa patte pop et badine.
De Raoul Haussmann, tu crois connaître son architecture. Et pourtant non, ça c’est Georges Eugène Haussmann. Non, de Raoul, tu connais surtout la poésie Dada (dont il cofonde la branche berlinoise) ou les collages (puisqu’il invente le photomontage).

Mais il y a de grandes chances que tu ignores sa production photo. Tu serais donc bien inspiré(e) de rencontrer ce Raoul Haussmann que tu connais moins, au travail aussi documentaire que lyrique, photographe de la modernité (dont il se méfie), préoccupé pour la nature, la sensualité et l’expérimentation.
MAIS POURQUOI TANT DE LAINE ? Eh bien, parce que c’est la rétro Sheila Hicks à Pompidou voyons. D’ailleurs, si tu te rends à Pompidou tu ne pourras pas la rater les œuvres (140 en tout) de cette sculptrice de laine.

La scénographie ébouriffée, vagabonde et débordante a été pensée sur un espace ouvert pour interpeller le chaland. Donc dès que tu entres dans le Centre, tu tombes nez à nez avec ces cascades de coton, ces ballots de laine, ces lianes de lin typiques de la pratique de Sheila Hicks et inspirés de l’Amérique précolombienne.
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