Les expos de la semaine : 17-24 mars

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Brexit. Langage inversé. André Breton est mort. Kurosawa pris en otage par les Ougandais. La rivière comme paradis perdu. En cas de stress, masse un cochon. L’angoisse est à son comble. Faites que les expos de la semaine soient inversement proportionnelles à la hauteur du désastre. Merci.
Dans la famille des British qui ne manquent pas d’humour, on demande John Myers à l’accueil. Enfin exposés à la Galerie Clémentine de la Feronière, ses portraits en noir et blanc de la société anglaise des années 70 sont de véritables petites merveilles d’archives, allant de son petit neveu en microshort à une bande de bikers, en passant par de réjouissants intérieurs à tapisserie et canapés psychédéliques.

La scéno est un peu spartiate, avec murs blancs et sol en béton, mais on s'en accommodera.
Les voies de l’art contemporain étant passablement imbitables, on se méfie toujours un peu de voir un bouquin de linguistique faire l’objet d’une réinterprétation. Et pourtant, lorsque l’Australienne Angelica Mesiti décide de prendre Quand dire c’est faire pour pondre Quand faire c’est dire, tout devient presque limpide.

Son ambition ? Rendre visible ceux qu’on ne regarde pas, à travers cinq vidéos immersives à souhait.
Quand y’en a plus, y’en a encore : on croyait à tort la collection André Breton dispersée aux quatre vents depuis 15 ans, or voilà qu’on nous ressort quelques beaux morceaux en exclusivité à la Galerie 1900-2000 : Une aquarelle des débuts de Picabia et une encre réalisée vingt-trois ans plus tard, deux bons gros Gorky à se damner, des dessins de Matta, trois photos et un dessin de Man Ray, un dessin de Masson et un autre de Ernst, des œuvres de Silbermann, des éditions rares…

Faut aimer le surréalisme, ou avoir envie de s’y mettre, ce qui est à peu près la même chose.
Louis-Cyprien Rials n’a (peut-être) rien à faire sur le devant de l’affiche. Mais son plus grand mérite aura été de nous faire découvrir le formidable duo ougandais Ramon Studio Productions, producteurs de films sans en avoir jamais vu aucun, se débrouillant avec les moyens du bord, vendant leurs dvd à la sauvette sur les marchés, avant de connaître un succès on ne peut plus retentissant.

Il n’en fallait pas moins pour se pointer au Palais de Tokyo, alléché par la promesse d’un remake de Rashamon, sombre histoire de meurtre signé du grand Kurosawa, ici réinterprétée à la sauce ougandaise.
Au risque de passer pour des pourvoyeurs de montées d’angoisse et descentes d’organisme, on ne saurait que trop recommander cette expo fomentée par le Frac IDF, et passée sous nos radars au cours des dernières semaines. Pourtant, cette série d’installations autour d’un paradis perdu laisse littéralement fébrile.

Etrange voyage à Tahiti sur les traces de Gauguin, portraits de quatre femmes engagées – mention spéciale à cette amoureuse-masseuse de cochons, ou encore des enregistrements et visions de séances de guérison en Amazonie péruvienne… On ressort de là avec l’envie de se mettre au vert en attendant la mort.
Au secours, derniers jours !
Il y a des gens à qui on n’a jamais dit Stop. C’est sans doute le cas d’Edouard Kac. Alors même que notre audace est aussi développée que le marché de la crème solaire en bord de Manche, la sienne l’a poussé à se lancer dans l’art transgénique. C’est souvent comme ça qu’on finit par se retrouver avec… un lapin fluorescent.

Alba de son petit nom, Elle a été créée à l’aide d’une mutation synthétique du gène original fluorescent vert de type sauvage trouvé dans la méduse Aequorea Victoria. Saisissant.

Dernier jour ? Le 30 mars !
Un bon photographe de rue sait la jouer fine. N’hésite pas à oser la fausse moustache et l’imper beige. Le problème de Vivian Maier fut sans doute d’avoir poussé le vice jusqu’à rester dans l’anonymat le plus complet jusqu’à son trépas.

Mais depuis la découverte de ses plus beaux clichés au détour d’une vente aux enchères, la voilà transformée en véritable icône de la photographie américaine des années 50. Qui mieux qu’elle aura réussi à capturer l’âme des habitants de Chicago de l’époque par l’entremise de son petit appareil ? De la vieille toute en fourrure et lunettes papillon à la bourgeoise en bonnet de bain en passant par la décapotable intérieur cuir, la mythique Galerie Les Douches rend un hommage mérité à ses plus belles expérimentations en couleurs.

Dernier jour ? Le 30 mars !
Drôle de type ce Jean-Jacques. Contemporain de la Révolution et de Sade : ça pose son homme. Architecte mais qui n’a somme toute pas bâti grand-chose : nobody’s perfect. Lequeu a finalement surtout dessiné et là, alors même qu'on ne s'y attendait plus tellement, tout son talent nous explose en pleine face.

N’ayant pas froid aux yeux et doté d’une imagination galopante, ça donne des choses franchement bizarres mais carrément captivantes. De paysages imaginaires en temples rêvés, on arrive finalement aux dessins érotiques. De la belle colonne à la belle poitrine, il n’y a qu’un pas. Enfin une expo olé olé au Petit Pa…lé !

Dernier jour ? Le 31 mars !
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