Les expos de la semaine : 18-24 février

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Parmi les trucs qui ont le don de nous tendre comme une crampe, citons les prétendues ouvertures faciles, la croix farceuse des fenêtres pop up, les faux tiroirs sous les éviers et ces maudits poteaux en zigzag des files d’attente d’aéroport.

Mais comme dit la chanson, quand l’art est là la rancœur s’en va. Et puis c’est tout.
Huit ans qu’Alex Majoli traîne ses guêtres et son appareil aux quatre coins du globe pour capturer des dizaines de milliers d’événements (et de non-événements, qui font d’ailleurs tout le sel de son œuvre).

Manifestations politiques, urgences humanitaires ou moments pépères de la vie quotidienne, rien n’échappe à son objectif, et le moindre détail de ses profonds noirs et blancs laisserait presque à penser qu’un groupe de vieux élus locaux aurait le même potentiel érotique que les clavicules d’une femme en clair-obscur.
On aura tout vu. Voilà que les Rouges rappliquent. Pas les Peaux-(Rouges), ni les poissons (Rouges, ça devient lassant non ?), mais les vrais Rouges, les Cocos, la terreur des US en période de Guerre Froide.

Afin de célébrer en grande pompe le début de l’année France-Roumanie, on dépoussière le Siège du PC - aka Espace Niemeyer - pour rendre hommage aux artistes roumains ayant marqué le 20ème siècle et mettre le pied à l’étrier d’une nouvelle génération de peintres, sculpteur et plasticiens qui n’ont rien à envier à leurs aînés.
La Fondation Vuitton n’en finit décidément pas de nous étonner. Après une étrange hybridation Basquiato-Schieléenne, voilà qu’on se met à accrocher quelques 110 œuvres de maîtres appartenant à l’un des plus grands collectionneurs du 20ème siècle, Samuel Courtaud, féru d’impressionnisme.

La sélection vaut le détour, avec non moins de dix aquarelles de Turner, le Bar aux Folies-Bergère de Manet, La Loge de Renoir, La femme se poudrant de Seurat, Nevermore de Gauguin… et rien de moins que le fameux autoportrait à l’oreille bandée de Van Gogh.
La vénérable institution s’entiche du sculpteur, céramiste, vidéaste performeur et musicien Theaster Gates, qui nous propose ici un petit retour sur image - sur fond de domination sexuelle et raciale aux Etats-Unis.

Si la plupart d’entre nous n’ont jamais entendu parler d’une certaine île de Malaga, dont la population fut forcée de prendre la poudre d’escampette à coups de bâton dès 1912, on se laisse volontiers balader le long de chacune des quatre parties de ce drôle d’itinéraire touristique. Terre, lumière, texte, danse, musique… On sait plus trop où on habite, et tant mieux.
On ne trouvera pas ici de ridicules reproductions de smileys ou d’écriture automatique sur clavier fantomatique, mais plusieurs œuvres du désopilant Julien Prévieux, dont Pour Lana, une série de poèmes visuels écrits par l’artiste en Yerkish - langue artificielle imaginée pour l’apprentissage du langage par les grands singes, les abstractions photographiques d’un certain Matan Mittwoch et une expérience auditive qui nous donnerait presque l’impression d’avoir avalé un duo de chanteurs d’opéra.

Pour une fois, aucune nostalgie. C’était pas mieux avant.
Au secours derniers jours !
A 40 ans, certains sont déjà en train de faire le compte à rebours avant la retraite sur leurs petits doigts potelés. D’autres ont déjà derrière eux une œuvre majeure, comme le vénéré Riad Sattouf. La BPI lui consacre une rétrospective qui va bien au-delà du simple accrochage de quelques planches originales et story boards punaisés aux murs.

Croquis, calques, matériaux de travail, éditions originales, coupures de presse, photos, objets personnels, extraits de film, on déambule dans les allées avec la sensation d’entrer chez lui, et on ressort de là avec trois envies concurrentes : Acheter le tome 4.

Dernier jour ? Le 11 mars !
Alors même qu’on nous a servi du Japon à toutes les sauces, ici on pousse le vice jusqu’à étendre la rétrospective de 1867 à… 2018. Soit deux siècles et demi de délicates nipponeries : objets d’art et de design, créations de mode, arts graphiques, photographies, tout y est, sublimé par la scénographie minimaliste à souhait de Sou Foujimoto.

On voudrait se fondre dans le siège "chou" d’Oki Sato, se glisser dans les étoffes coupées à blanc d’Issey Miyake, s’engueuler pour le plaisir de faire valser le vase Mont Fuji à la tête du moindre opposant… Bref. On ressort jappy comme jamais.

Dernier jour ? Le 3 mars !
Enfin une expo de saison, dont le nom n’évoque rien sinon l’assise douillette et réconfortante d’un vison synthétique chiné sur un marché sans puces.

Là c’est autre chose, autrement plus sombre et plus déroutant. Parce que Jannis Kounellis n’a plus franchement la fripe (l’artiste nous a quitté en 2017), et qu’il a laissé derrière lui une série d’empreintes de manteaux sur de grandes plaques de métal, sorte d’impressionnantes eaux-fortes rappelant les scénographies qu’il a pu inventer pour le théâtre ou l’opéra.

Dernier jour ? Le 9 mars !
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